« Un ERC Grant, c’est le sommet de la reconnaissance »François Bussy, Vice-Recteur Université de Lausanne parle des ERC-Grants dans Unipresse. Copyright: Unil

« Un ERC Grant, c’est le sommet de la reconnaissance »

Le European Research Council (ERC) fête cette année ses dix ans d’existence. Ce fonds attribue des subsides aux meilleurs chercheurs européens. Quelle est son importance pour l’UNIL ? Les explications de François Bussy, vice-recteur à la recherche.

Francine Zambano

Dans quel contexte le European Research Council (ERC) a-t-il été créé ?

François Bussy : Le Conseil européen de la recherche (ERC) été institué à la fin février 2007 au sein du septième programme cadre de recherche et développement de l’Union européenne (FP7 2007-2013). C’est la première agence de financement paneuropéenne pour une « recherche à la frontière de la connaissance ». L’ERC soutient la recherche exploratoire, et son unique critère de sélection est l’excellence scientifique. Le premier appel à propositions avait suscité plus de 9000 requêtes, ce qui atteste l’immense attente des scientifiques européens. Dans Horizon 2020, le huitième programme cadre (de 2014 à 2020), l’ERC fait partie du premier pilier Excellent Science.

Quelle est la spécificité des ERC Grants ?

Ils récompensent l’excellence scientifique et offrent les moyens et la liberté d’entreprendre un projet de recherche de pointe dans un domaine et sur un sujet de son choix. Les Grants, octroyés pour une durée maximale de cinq ans, sont attachés aux chercheurs, qui sont libres, s’ils le désirent, de les transférer dans une autre institution hôte.

Quels types de chercheurs peuvent postuler ?

Il existe plusieurs catégories. Les ERC Starting Grants concernent les jeunes chercheurs qui débutent leur carrière, entre deux et sept ans après leur thèse. Les ERC Consolidator Grants sont dédiés à ceux dont l’excellence est déjà confirmée, entre sept et douze ans après leur doctorat. Les ERC Advanced Grants concernent les seniors, des chefs de groupe au bénéfice d’une réputation scientifique internationale solidement établie. A l’UNIL, des chercheurs sont représentés dans les trois catégories.

En quoi ces bourses sont-elles importantes pour l’UNIL ?

D’abord pour des raisons financières. On parle de montants qui varient de 1,5 à 2,5 millions d’euros pour un projet ERC. Treize projets du programme FP7, par exemple, ont obtenu une moyenne de 2,14 millions. En 2015, l’UNIL a ainsi bénéficié de 9,5 millions de francs. Les fonds sont octroyés aux chercheurs. Ils doivent toutefois être gérés par l’institution qui est responsable de leur bon usage.

Comment sont utilisés ces fonds ?

Il faut distinguer les projets en sciences naturelles de ceux en sciences humaines et sociales. Si on regarde les Grants obtenus par la FBM, on constate globalement que 67% du montant sont dépensés pour embaucher du personnel, essentiellement des doctorants et des postdocs juniors ou seniors. Ces fonds servent donc au recrutement de scientifiques, ce qui est très intéressant pour l’UNIL. Toujours pour la FBM, le quart de l’argent est dépensé pour les plateformes, l’imagerie, etc. Le reste consiste en dépenses d’équipement, de consommables, de voyages et congrès. En sciences humaines et sociales, 92% des fonds sont utilisés pour engager du personnel, et le solde est alloué aux frais de voyages et congrès. Cette manne financière, même si elle est marginale dans le budget de l’UNIL, permet d’embaucher des chercheurs, ce qui est évidemment très important.

En dehors de l’intérêt financier, quels sont les autres avantages pour l’UNIL et pour les chercheurs ?

C’est très bon pour la réputation du chercheur. Celui qui reçoit un Grant peut s’en targuer, car la sélection est extrêmement rigoureuse. Et si vous obtenez une de ces bourses, vous avez la garantie d’être passé par les comités d’experts les plus sévères à l’échelle européenne. C’est donc extrêmement valorisant pour le chercheur. Un ERC Grant, c’est le sommet de la reconnaissance ! D’ailleurs, il y a toujours des retours de ces comités d’experts, que les chercheurs obtiennent un Grant ou pas. Ils fournissent des critiques constructives grâce auxquelles les scientifiques peuvent améliorer leur projet. Quand certains partis politiques, après le vote de février 2014, ont affirmé que la Suisse pouvait très bien financer ces projets sans l’Europe, les chercheurs ont vivement réagi. Ils ne voulaient pas d’une compétition tronquée à laquelle ne participeraient pas l’ensemble des meilleurs chercheurs et experts à l’échelon international.

Quelles sont les contraintes pour les chercheurs ?

Il y a relativement peu de contraintes administratives, deux rapports scientifiques sont demandés, l’un au milieu, l’autre au terme du projet. Un rapport financier doit être fourni tous les dix-huit mois, préparé par les services centraux. Evidemment, en matière de gestion, il est crucial de respecter les règles de l’ERC et celles de l’UNIL. Il est d’ailleurs prévu de renforcer le soutien aux chercheurs dans la période post-award.

L’UNIL a décroché une trentaine d’ERC Grants en dix ans. Où se situe-t-elle en regard des autres hautes écoles ?

L’ERC comporte trois grands panels : « Life Sciences » (LS), « Physical & Engineering Sciences » (PE) et « Social Sciences & Humanities » (SH). De par la nature de leurs activités, les EPF sont évidemment les mieux placées pour décrocher ce type de subsides. En comparaison avec les autres universités suisses, l’UNIL est cependant très bien classée si l’on tient compte du fait qu’elle n’héberge pas de recherche en physique, chimie, mathématiques et ingénierie.

De votre côté, qu’allez-vous entreprendre pour encourager davantage de chercheurs de l’UNIL à postuler ?

En juin, avec l’antenne UNIL de Euresearch nous mettrons sur pied une séance d’information pour expliquer les enjeux avec un témoignage d’un ou deux bénéficiaires de Grants. Nous aimerions que nos chercheurs se confrontent à l’excellence, qu’ils aient envie de concourir, car c’est bien d’un concours qu’il s’agit, notamment pour obtenir ce retour sur la qualité de leurs recherches et cette notoriété. Cela fait appel à des sentiments d’égo, il faut bien le dire. Nous voulons jouer sur l’enthousiasme, la motivation personnelle et la reconnaissance européenne pour les chercheurs qui obtiennent ces subsides.

C’est article a d’abord été publié dans le magazine Uniscope de l’Université de Lausanne

 

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